Saint-Amarin 700 personnes à la soirée « Retour du loup dans les Vosges » st amarin - Le loup fait débat

Publié dans le panorama le Dimanche 03 février 2019 à 08:50:55

© Dna, Dimanche le 03 Février 2019
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Saint-Amarin 700 personnes à la soirée « Retour du loup dans les Vosges »
st amarin - Le loup fait débat
Quel est l'impact sur l'agriculture, la faune, la forêt et le tourisme du loup ? Le Club Vosgien Vallée de Saint-Amarin a donné, vendredi soir, la parole aux éleveurs et autres acteurs de terrain du massif confrontés au retour de l'animal.
 

 
De gauche à droite,
Le pari pouvait paraître difficile à tenir tant le sujet est sensible : le loup, il y a les pour et les contre. Entre les deux, le Club Vosgien Vallée de Saint-Amarin a posé vendredi les bases d'un débat respectueux et constructif.

La diffusion en première partie de soirée du documentaire réalisé par le vice-président de l'association, Joseph Peter, et son complice Paul Throo - équilibré et ouvrant largement la parole aux éleveurs des vallées de la Thur et vosgiennes- y a contribué. Pas de parti pris naturaliste ni corporatiste, des faits rien que des faits. L'objectif était de présenter l'impact que provoque le grand prédateur, de retour sur le massif depuis 2011.

« On a eu quatre loups sur les Hautes Vosges en 2013, avec une première reproduction attestée. Aujourd'hui, on est à deux-trois individus dont deux mâles génotypés d'origine italo-alpine », a précisé, Alain Laurent, fondateur de l'Observatoire des Carnivores Sauvages. Une petite population lupine appelée à essaimer, ce qui pose de sérieuses inquiétudes aux éleveurs.
Comment adapter les élevages ?

La discussion a donc beaucoup tourné autour de l'efficacité des moyens de protection des troupeaux : barrières, chiens. « Dans les Alpes au bout de 25 ans, on s'aperçoit que ces mesures ne fonctionnent pas », affirme Bruno Lecomte. Éleveur à la Chèvrerie du Brabant (La Bresse), le Vosgien, confronté à plusieurs attaques, est hostile au loup, espèce protégée.

« Dans la vallée de la Thur, on est au début de la crise. Qu'est-ce que tu proposes ? Qu'est-ce qu'on fait ? », lui répond Benjamin Ludwig, 28 ans, éleveur ovin de Goldbach-Altenbach. « Nous, on a décidé d'essayer de faire quelque chose, en modifiant nos clôtures, pour certains en prenant des chiens ».

« Il y a beaucoup d'outils, acquiesce Claude Michel, du pôle biodiversité du Parc naturel régional des Ballons des Vosges (PNRBV). Je crois plutôt aux discussions locales : travailler ensemble sachant que la protection à 100 % n'existe pas ».

En 2018, sous l'égide du Parc, des éleveurs de la vallée de Saint-Amarin ont creusé le sujet. « Le loup a permis la rencontre de plusieurs éleveurs qui ont créé un réseau d'alerte », souligne Francis Schirck, éleveur ovin à Mollau. Lui a anticipé le retour du loup en acquérant des bergers d'Anatolie.

Jusqu'où peut aller l'impact de l'animal ? Attention que le loup ne transforme pas les élevages de plein air en élevage hors sol, alertent les éleveurs des deux versants.

La question de l'indemnisation et du coût de celle-ci pour les finances de l'État sont aussi évoquées. 26MEUR, est-ce raisonnable ? interroge la conseillère départementale et maire de Fellering, Annick Lutenbacher. « Qu'est-ce que ça représente par rapport aux sous donnés pour la culture du maïs ? » s'enflamme Francis Schirck. Francis Dopff (Alsace Nature) met quant à lui en balance la somme avec « les 30MEUR de cadeaux aux chasseurs en 2018 ».
Un atout pour le tourisme ?

Des chasseurs qui ont aussi leur mot à dire : « Dans la vallée, la chasse c'est 568 000 EUR par an pour les communes. S'il y a trop de loup, le gibier disparaîtra et les chasseurs ne prendront plus les chasses », prévient Richard Locatelli. « La chasse est un hobby, l'agriculture une profession. Les éleveurs sont les seuls impactés », réplique Francis Schirck. Applaudissements.

Auparavant, dans le documentaire, André Schlussel, technicien ONF, avait décrit « l'aspect positif que pourra avoir le loup sur la régénération naturelle de la forêt », dans une vallée où celle-ci, autre source de revenus pour les communes, souffre de la surdensité de cervidés et de sangliers qui eux-mêmes provoquent un manque à gagner pour les éleveurs.

Et le tourisme ? Dans les Alpes, les attaques de chiens de protection sur des randonneurs, les font fuir, affirme Bruno Lecomte. Faux, considère Alain Laurent : « Dans le Parc national des Abruzzes (Italie), les chiens de protection vivent en liberté, le loup et les ours sont devenus un atout touristique. »

Alors quelles solutions apporter ? « Il faut que les consommateurs aillent vers les paysans, les soutiennent, payent le juste prix, et n'aillent pas juste acheter du bio au supermarché », tance Daniel Walther (Thur Écologie & Transports).

« La société, qui majoritairement est pour le loup, doit se préoccuper de cet éleveur », conclut sagement de son côté Francis Schirck.
Grégoire GAUCHET Le film documentaire Le retour du loup dans les Vosges est disponible au prix de 10 EUR, auprès du Club vosgien vallée de Saint-Amarin. Contact : clubvosgien.stamarin@orange.fr

Le film documentaire Le retour du loup dans les Vosges est disponible au prix de 10 EUR, auprès du Club vosgien vallée de Saint-Amarin. Contact : clubvosgien.stamarin@orange.fr