Routes Pourquoi le péage va augmenter

Publié dans le panorama le Mercredi 30 janvier 2019 à 06:41:40

© L'alsace, Mercredi le 30 Janvier 2019
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Routes Pourquoi le péage va augmenter
 

 
 
Les sociétés d'autoroutes appliqueront dès le 1er février une réduction de 30 % pour les abonnés au péage, dès 10 allers-retours par mois : la mesure est inédite, tant sur la forme que sur l'ampleur financière qu'elle représente. Dans la foulée de la mobilisation des gilets jaunes, la ministre des Transports Élisabeth Borne avait demandé aux sociétés concessionnaires d'autoroutes (SCA, c'est-à-dire essentiellement les Français Vinci et Eiffage et l'Espagnol Abertis) un « effort » en faveur du pouvoir d'achat.

Mais cette bonne nouvelle, qui ne concernera que les usagers « du quotidien » des autoroutes françaises, ne doit pas cacher l'essentiel : les péages autoroutiers augmenteront bien le 1er février, comme chaque année. Et, comme d'habitude, la hausse sera supérieure à ce qu'elle devrait être. Élisabeth Borne espérait un gel total des tarifs en 2019, ce que les sociétés autoroutières avaient accepté. Mais en échange, elles réclamaient la prolongation de la durée de leurs concessions. Face au refus net, ferme et définitif de l'État, l'idée a été abandonnée.
Les automobilistes paieront cette année... le gel de 2015

L'augmentation des péages doit, en principe, être limitée à 70 % de l'inflation - soit 70 % de 1,8 % sur l'année 2018. La hausse n'aurait donc pas dû dépasser +1,26 %. Mais elle est attendue à +1,8, voire 1,9 % en moyenne sur l'ensemble du réseau français.

À cela trois raisons : l'inflation, donc, nettement plus forte en 2018 qu'en 2017. Mais ce n'est pas tout : les automobilistes vont payer cette année... le gel des tarifs de 2015. Ségolène Royal, alors ministre de l'Écologie, avait décrété un gel des tarifs autoroutiers, de façon unilatérale - et donc sans l'accord des SCA. Celles-ci ont porté l'affaire en justice et obtenu gain de cause, rattrapage tarifaire à la clé, avec intérêts de retard de 10 % : les contrats qui les lient à l'État depuis les privatisations des autoroutes en 2006 leur garantissent en effet une hausse annuelle des tarifs. Le rattrapage débute cette année, à hauteur de 0,10 à 0,39 point.

Ce n'est pas tout : les SCA ont aussi le droit d'alourdir la facture pour financer d'importants investissements. C'est le cas du « plan d'investissement autoroutier » (PIA) à 700 millions d'euros, qui doit se traduire par une autre hausse de 0,3 à 0,4 point des tarifs des péages autoroutiers (lire par ailleurs).

Et ce n'est pas fini : le rattrapage du gel de Ségolène Royal en 2015 doit s'étaler sur quatre ans, et le financement du PIA sur trois ans. Autrement dit, il est déjà certain qu'en 2020, 2021 et 2022, le péage autoroutier augmentera plus que 70 % de l'inflation.

En 2018, les péages avaient déjà flambé de 1,55 % en moyenne - près de deux fois l'inflation -, en raison d'un « rattrapage de loyers ». Avec d'importantes disparités territoriales : sur certains tronçons, les prix s'étaient envolés : +3,12 % sur l'A150 entre Rouen et l'A29 (Normandie), et même +3,49 % sur l'autoroute de Gascogne (A65)... la plus chère de France, avec 0,13 EUR du kilomètre.

Les actionnaires (Eiffage et Sanef/Abertis) l'avaient justifié par le fait qu'ils ont entièrement financé cet axe Bordeaux-Pau, selon 60 Millions de consommateurs, qui rappelle que son tarif a augmenté de 16,2 % entre 2011 et 2017...

C'est finalement dans le sud et l'est du pays que les hausses avaient été les plus limitées : +1,34 % (Escota/ASF, appartenant à Vinci autoroutes), +1,39 % (Sanef, appartenant à l'Espagnol Abertis) ou encore +2 % (APRR/Area, Eiffage).
Joël CARASSIO