Mulhouse Groupe hospitalier« Je n'ai pas de boule de cristal »

Publié dans le panorama le Mercredi 30 janvier 2019 à 06:34:03

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Mulhouse Groupe hospitalier« Je n'ai pas de boule de cristal »
 

 
L'entrée principale du nouvel hôpital Femme-mère-enfant, rue Mangeney à Mulhouse.

Archives L'Alsace/Darek Szuster

Les sujets ont été nombreux lors de la cérémonie des voeux de la nouvelle directrice du GHRMSA (Groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace), Corinne Krencker. Elle a évoqué longuement le bilan des grands chantiers 2018 et a annoncé pour 2019 la poursuite de la démarche qualité « avec une offre de soins innovante pour répondre au mieux aux besoins de la population ».

Chefs de pôle, médecins, cadres de santé du GHRMSA ont été nombreux à participer à la cérémonie des voeux lundi soir, à l'école d'infirmières de Mulhouse, tout comme une délégation d'élus d'Altkirch et de Thann, conduite par le député Jean-Luc Reitzer. Le directeur de l'ARS (Agence régionale de santé) Christophe Lannelongue et Jean Rottner, président du conseil de surveillance du GHRMSA, se sont également exprimés. Tous les participants ont été accueillis par les manifestants de l'intersyndicale du GHRMSA, à leur arrivée (voir notre édition du mardi 29 janvier). Mais l'avenir des hôpitaux d'Altkirch et de Thann n'a pas donné lieu à de nouvelles informations et le sort de la clinique des Trois-Frontières de Saint-Louis n'a pas été évoqué.

Pour son premier discours, quinze jours après sa prise de fonction, la tâche de Corinne Krencker était périlleuse, à plus d'un titre. Périlleuse avec une situation budgétaire tendue (avec un déficit de 12 millions d'euros pour 2018), une baisse continue des dotations, la difficulté de recruter de nouveaux médecins... Sans oublier l'adhésion au contrat de performance, ( mis en place par le ministère de la Santé et celui des Comptes publics pour accompagner les transformations et l'amélioration des établissements de santé ).
Le défi d'une nouvelle organisation

« Ce contrat doit être mis en place avec l'ARS, pour rétablir l'équilibre financier du GHRMSA, mais pas seulement. Il doit permettre de relever le défi d'une nouvelle organisation à l'échelle de notre territoire, en y associant innovations, nouvelles activités et une offre de soins plus soutenue sur l'ensemble du GHRMSA . À Mulhouse, comme dans d'autres hôpitaux publics, la courbe d'augmentation d'activité est constante. Nous constatons une baisse des hospitalisations et une augmentation de l'activité ambulatoire. »

Elle a rappelé les différents points forts de l'année 2018 - le budget était fixé à 475 MEUR, avec l'ouverture « d u gros bébé qu'est l'hôpital Femme-mère-enfant (72 millions EUR), un nouvel atout pour le GHRMSA, malgré un accueil difficile ». Et d'évoquer l'ouverture de la nouvelle salle de régulation du Samu 68. « Nous avons enregistré 6,2 % d'augmentation des appels, autant pour les sorties du Smur et pour le passage aux Urgences. Ces chiffres traduisent une réalité, l'urgence répond à une demande de la population. »

2018 a été marquée également par l'ouverture du Cesame (centre de santé mentale) et d'un pôle interétablissement d'addictologie clinique, l'acquisition d'un Tep Scan, de deux scanners, de 17 échographes, des équipements techniques pour les blocs opératoires et de laboratoire. Corinne Krencker milite pour « un hôpital attractif et innovant. Nous maintiendrons le rythme actuel ». La collaboration avec le Centre universitaire hospitalier de Strasbourg va être renforcée, ainsi qu'avec les différents partenaires de la région, de Colmar et de Fribourg-en-Brisgau et les médecins libéraux.
11 millions d'investissementpour 2019

Pour 2019, la nouvelle directrice pose cartes sur table, même si le budget reste à finaliser : « Je n'ai pas de boule de cristal. Mais nous poursuivrons le renouvellement de nos infrastructures, avec un schéma d'investissement de 11 MEUR, prévus pour les travaux cette année. Un hôpital de notre taille doit avoir l'ambition de la technicité et de l'innovation. » Un plan quinquennal pour les investissements sera défini. « C ar, même si l'enveloppe se réduit, elle reste conséquente et permettra de réaliser de beaux projets. Il conviendra de définir nos priorités pour améliorer toujours notre offre de soins. »

Le GHRMSA connaît, comme nombre d'établissements de santé, des problèmes de recrutement de médecins. « Il faut réfléchir avec le corps médical à tout ce qui nous permettra de rester attractifs pour garder et renouveler nos équipes médicales. »

Une enveloppe de 3,5 MEUR sera affectée pour les équipements bio-médicaux. « Mais la liste des travaux doit encore être précisée. »

La certification de la HAS (Haute autorité de santé) s'est déroulée du 5 au 14 novembre 2018. « Elle a donné un nouvel élan à notre démarche qualité. Il faudra maintenir cette dynamique sur l'ensemble de nos établissements. » Et Corinne Krencker de conclure : « Je suis le directeur de l'ensemble des sites. Nous mettons en place une réflexion collective. Il s'agit de réfléchir ensemble, pour construire une offre de soins de qualité et structurée sur l'échelle de notre territoire. Le travail ne manquera pas. Les usagers y seront associés. Il s'agit de notre nouvelle feuille de route. »
« Construire ensemble »

Comme président du conseil de surveillance de GHRMSA, Jean Rottner, président du Grand Est, a insisté sur le sujet de l'aménagement du territoire de santé. « Il convient de tenir compte des réactions de la population, mais en expliquant l'exigence de la performance des soins et le volet financier. Aujourd'hui, le GHRMSA est multisite mais je ne peux pas souscrire au contrat de performance. Il faut le travailler, il y a une responsabilité citoyenne à construire cet aménagement du territoire, c'est notre rôle d'élus. Il ne peut pas être seulement question de soustraction. Investir permet de gagner de l'argent pour un bon fonctionnement des soins. Aujourd'hui, la situation est compliquée sur le site de Saint-Louis. Il faut trouver un chemin pour celui d'Altkirch. Il faut être à l'écoute et construire ensemble. »

Le directeur de l'ARS Grand Est Christophe Lannelongue a répondu directement à Jean Rottner : « Il n'est pas question de signer le contrat de performance en l'état. Nous allons donner du temps pour construire un projet adapté au territoire, pour les années à venir. Le GHRMSA a fait des efforts. » Il milite pour la consolidation des sites de proximité avec une offre de soins élargie. « Mais notre système de santé doit être transformé. C'est difficile. Mais il n'est pas question de fermer de sites. »

Un temps supplémentaire est accordé, mais pas au-delà de fin 2019.
Sabine HARTMANN