Colmar Diables rouges Manoeuvres « dans la verte »

Publié dans le panorama le Mercredi 30 janvier 2019 à 06:19:28

© L'alsace, Mercredi le 30 Janvier 2019
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Colmar Diables rouges Manoeuvres « dans la verte »
 

 
La section du lieutenant Alexandre en mission d'infiltration. Photos DNA/Laurent Habersetzer
Des nuits à la belle étoile avec des températures négatives. Le sergent Kevin (*) en a connu plus d'une. L'ancien caporal-chef, sous-officier depuis 2017, a déjà 14 années d'engagement au compteur. Et toujours au 152e régiment d'infanterie.

« Bivouaquer dans la verte, c'est une ambiance particulière. On a froid, on a faim et quelquefois, on se demande bien pourquoi on s'est engagé ! », sourit le père de famille qui, ce jour-là, poste ses soldats à la lisière d'une forêt, partis pour une bonne nuit de surveillance avec leur poste Eryx.

Le système antichar est posé dans un large trou qu'aménage Dohinah, première classe au 15-2. La jeune femme de 21 ans porte le treillis depuis une dizaine de mois à peine. Avec un père, un grand-père, des oncles et des tantes sous les drapeaux, elle a n'a pas eu trop de mal à choisir sa voie.
La bande sahélo-saharienne cet été

Mais au lieu de suivre les pas de la famille - des tringlots (surnom donné aux militaires de l'armée du Train) pour la majorité - elle a opté pour l'infanterie. Et pas n'importe où. En compagnie de combat. Plutôt rare pour être signalé. « C'est là où ça bouge le plus ! », dit-elle tout en aménageant le camouflage de son campement précaire. Elle va partir au début de l'été au Mali avec son unité et elle est impatiente. Pas comme sa mère, anxieuse à l'idée de voir sa fille en zone de guerre.

Après un déploiement d'importance il y a plus de deux ans sous le commandement du colonel Dabas, alors chef de corps du 15-2, le régiment colmarien va retrouver la bande sahélo-saharienne cet été. Une compagnie, la 1re, sous les ordres du capitaine Bryce, va rejoindre le Mali en juin et sera intégrée au groupement tactique désert blindé qui sera commandé par le 4e régiment de chasseurs de Gap.

Comme toute mission opérationnelle, la préparation est particulièrement éprouvante. La compagnie va, d'ici son départ pour l'Afrique, enchaîner les manoeuvres dans plusieurs camps. Mourmelon, Mailly et Canjuers notamment.
« Des étudiants et des non diplômés. [...] Des banlieusards et des provinciaux... »

Mais aussi en Alsace, comme c'est le cas avec la section du lieutenant Alexandre qui crapahute dans le vaste terrain d'entraînement du Fronholz à Sainte-Croix-en-Plaine. Sa section vient d'effectuer plus de 30 km à pied et se prépare à un exercice d'infiltration : prendre d'assaut des alvéoles tenues par des terroristes.

Mission que les Diables rouges pourraient effectuer au Mali. Une cache d'armes dans un village ou dans une grotte, des djihadistes mobiles, armés et harcelants, une guerre asymétrique... Depuis 2013 et le lancement de l'opération Serval au Mali, l'armée française est régulièrement confrontée à ce type d'intervention.

Pour le lieutenant Alexandre, qui a préféré le treillis à un costume/cravate de juriste (il est titulaire d'un master 2 en droit international et européen), ce sera sa première OPEX (opération extérieure). Et comme Dohinah, il est très impatient.
« Les Diables rouges, ça sonnait bien ! »

Sa section est à l'image de l'armée de terre d'aujourd'hui : « Un vrai melting-pot », lâche-t-il. « J'ai tous les profils : des étudiants et des non diplômés. Des métropolitains et des îliens. Des banlieusards et des provinciaux. Des expérimentés et des jeunes qui sortent des classes. Faut que j'en fasse un ensemble cohérent ! », résume celui qui est arrivé au 15-2 en juillet 2017.

Dans sa section, on retrouve Matteo, profil plutôt atypique. Père libanais, mère polonaise, le jeune homme de 23 ans a décidé de s'engager il y a moins d'un an. « J'ai toujours été intéressé par les armes », confie celui qui avoue un véritable intérêt pour la tactique et la stratégie.

Pourquoi Colmar et son régiment ? « Les Diables rouges, ça sonnait bien ! Et son passé est prestigieux ». Radio du lieutenant Alexandre, ce polyglotte (il parle russe, arabe, anglais, polonais et français) a les capacités d'être sous-officier voire officier. Mais il ne souhaite pas brûler les étapes. « Je veux partir d'en bas avant de commander. Goûter au terrain, me forger sous le feu. » Il sera servi cet été.
Nicolas ROQUEJEOFFRE PLUS WEB Voir également notre vidéo et diaporama sur www.lalsace.fr(*) Les noms de famille ne sont pas dévoilés pour des questions de sécurité.