COLMAR Appel aux élus : Le welche en sursis ?

Publié dans le panorama le Mercredi 30 janvier 2019 à 05:35:26

© Dna, Mercredi le 30 Janvier 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF

 

COLMAR Appel aux élus
COLMAR Appel aux élus : Le welche en sursis ?
En perte de vitesse, le patois welche peut néanmoins compter sur des locuteurs qui défendent avec force ce patrimoine culturel historique.

 
« Nous ne sommes pas des Indiens. Même s'il se trouve aujourd'hui en difficulté, chez les plus jeunes notamment, le patois welche ne doit pas disparaître. Il mérite d'être reconnu officiellement, même si les populations qui le pratiquent ne sont pas aussi nombreuses que les locuteurs d'alsacien », plaide Gilbert Michel, enseignant à la retraite. «Nous aimerions ne plus nous contenter de paroles, d'actions ponctuelles, de promesses. La compétence linguistique touchant au bilinguisme et au biculturalisme se doit de ne pas être oubliée. Nous voulons, à l'instar d'autres langues régionales ou minoritaires comme le yiddish, le manouche trouver notre juste place, ne pas être oubliés dans la nouvelle convention quadripartite. »

L'ardent défenseur du welche de ses racines, multiplie les publications, les recherches, les rencontres sur sa langue et sa culture maternelle. Il dispense des cours de welche aux débutants et aux avertis, organise diverses animations en terre orbeWlaise et dans ses alentours.

Avec d'autres défenseurs de ce dialecte, élus ou non, il se bat pacifiquement mais énergiquement, lance une pétition destinée au gouvernement et au parlement à propos de la ratification par la France de la charte des langues régionales et minoritaires, en espérant recueillir au moins cent signatures. Il a la conviction de l'historien des traditions, il écrit aux autorités régionales, aux responsables des collectivités locales.
Avant qu'il ne soit trop tard...

Le patois welche est d'origine lorraine-romande et en perte de vitesse, comme l'alsacien d'ailleurs et d'autres langues régionales. Il est parlé encore dans quelques coins de l'Alsace, notamment dans le Val de Villé et la vallée du Giessen, avec cinq villages. Dans la région de Sainte-Marie-aux-Mines / Liepvre, avec cinq villages également. Dans le canton vert (Fréland, Orbey, Labaroche, Lapoutroie, le Bonhomme) et la vallée de la Bruche, du côté du Ban de la Roche cher au fameux Pasteur Oberlin, qui, à la fin du XVIIIe siècle, avait introduit la langue française dans cette région montagneuse au-dessus de Schirmeck. Seize villages sont concernés. Sans oublier une partie du Sundgau, vers Belfort, avec un patois s'apparentant au Franc-Comtois.
Le rôle primordial des écoles

Les défenseurs-promoteurs du welche, que l'on retrouve aussi dans d'autres villages du secteur colmarien préconisent une « sensibilisation à la langue et à la culture dès l'école maternelle et élémentaire, par des lectures appropriées, l'apprentissage de chants, les contes, la création de sketches. »

Puis, dans les collèges et lycées, un « approfondissement de l'histoire de ces régions, de la structure de la langue, de la production d'écrits, de CDs », sous la forme d'un enseignement optionnel ou la présence dans l'option langues et cultures régionales. »

Ce qui sous-entend la formation de professeurs, avec un prof itinérant compétent, l'engagement d'intervenants extérieurs, la création d'un poste de conseiller pédagogique régional en langue et culture welche.

Les maires du pays welche se sont adressés déjà à la présidente du conseil départemental du Haut-Rhin à propos de la convention sur la politique plurilingue en Alsace.

Brigitte Klinkert précise que « le patois welche fait évidemment partie des composantes de la langue régionale d'Alsace ». Elle ajoute que de nouveaux moyens seront proposés par la future collectivité européenne d'Alsace et note que « les enjeux pour l'Alsace sont importants et [qu'] il est nécessaire de mobiliser toutes les forces vives du territoire, pas uniquement l'Éducation nationale, les familles aussi ».

Les défenseurs ont fait part également de leurs inquiétudes au conseil culturel d'Alsace.

Ils se félicitent par ailleurs de la prise de position de la Fédération Alsace bilingue en faveur des langues régionales, ainsi que du conseil départemental du Bas-Rhin, en avance, qui a lancé un appel pour la reconnaissance des langues minoritaires en France et la ratification de la charte européenne.

S'ils apprécient le rôle de l'Office pour la Langue et la Culture d'Alsace, ils militent pour que le mot « Culture » soit décliné au pluriel et pour que « la prise en compte du welche ne repose plus uniquement sur le bon vouloir, la mention écrite seule constituant une assurance et un engagement à long terme. »
J-P. M