saint louis - Les gilets jaunes jusqu'en Allemagne

Publié dans le panorama le Dimanche 27 janvier 2019 à 06:21:11

© L'alsace, Dimanche le 27 Janvier 2019
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saint louis - Les gilets jaunes jusqu'en Allemagne
 

 
Des centaines de gilets jaunes ont défilé du centre de Saint-Louis à la passerelle des Trois Pays.

Photo L'Alsace/François Torelli

Les gilets jaunes restent fidèles à leurs slogans, hostiles au gouvernement et à Emmanuel Macron. Et à leurs idées. Pour le onzième week-end de mobilisation, ils étaient appelés à se rassembler (notamment via une « coalition pacifiste », la mise en réseau de QG surtout alsaciens) à Saint-Louis.

Quelque 450 personnes, au plus fort de la manifestation et selon la police, ont répondu à l'appel. Elles sont parties de la place du Forum, à Saint-Louis, vers la mairie, où une délégation a été reçue. Puis le cortège a repris sa route, jusqu'à la passerelle des Trois Pays de Huningue, à plus de 2,5 km de là, en passant par la place Abbatucci dans la vieille ville de Huningue.

Sur la passerelle, une délégation allemande attendait les Alsaciens. Une vingtaine de personnes, contactées notamment par les gilets jaunes de Volgelsheim, selon un témoignage. Les gilets jaunes alsaciens ont voulu traverser le pont en masse. La police française a refusé : pas plus de 500 personnes à la fois, selon la commission de sécurité. Cela a entraîné un moment de tension, les CRS étant prêts à charger pour disperser les manifestants.
« Merkel ou Macron, c'est le même combat »

Mais les appels au calme ont été entendus. Et ceux qui l'ont voulu ont pu traverser, par petits groupes, et retrouver les gilets jaunes allemands, ou pour engager des discussions avec les passants.

Quelques slogans ont été lancés dans la langue de Goethe, comme « Geld für das Volk », sous le regard d'une dizaine de policiers allemands. Uwe, par exemple, est un de ceux qui ont accueilli les Alsaciens, gilet jaune sur le dos.

« C'est la première fois que je me mobilise. J'ai su qu'il y aurait une manifestation grâce à vk [réseau social russe, N.D.L.R.]. Je suis venu par solidarité. Cela ne bouge pas encore trop côté allemand. Tant qu'il y a de la bière au frigo et du foot à la télé... Mas ça va venir. Merkel ou Macron, c'est le même combat. Les gens qui sont là se battent pour leur avenir, et je respecte ça. »
Marseillaise et Chant des partisans

Dans le cortège, les manifestants venaient de tout le Haut-Rhin et au-delà : Franche-Comté et Bas-Rhin, notamment, comme ce groupe d'une vingtaine de personnes de Sélestat. Leurs revendications étaient très variées. Ainsi de ce couple de la région frontalière. Monsieur témoigne : « J'ai 80 ans dans un mois. J'ai travaillé 51 ans, et pas dans un bureau, sur les chantiers ! Pour me retrouver avec 1500 EUR de retraite. » Les revendications salariales sont aussi au coeur de la mobilisation d'une porteuse de journaux venue de Guebwiller.

Pour d'autres, c'est la jeunesse qui est sacrifiée. Zian, du carrefour du Nouveau Monde à Bollwiller, indique qu'il est en formation à bac +5 et qu'il démarrera avec le SMIC... « Je suis venu avec mon fils Kelian, 7 ans. C'est pour lui que je me bats », explique cette maman de la région mulhousienne. Et de lancer : « Il faudrait qu'on s'entende, riches et pauvres. Ce n'est plus possible qu'il y en ait qui ne savent plus quoi faire avec leur pognon pendant que nous, on crève à côté. »

Il y avait aussi des revendications régionalistes (beaucoup de drapeaux de l'ancienne région Alsace ou de rot-ùn-wiss), mais aussi écologistes : Stocamine ou glyphosate, pour ne citer que deux dossiers.

Entre une Marseillaise et un Chant des partisans version gilets jaunes, beaucoup, dans le cortège, voyaient d'un mauvais oeil la constitution d'une liste pour les élections européennes par certains leaders du mouvement. « Ce sont des gens qui veulent se lancer dans une carrière. Des opportunistes. »

Par contre, ceux qui se sont exprimés étaient en général pour participer au grand débat national, comme François, aux côtés de Zian... Même s'il ne s'attend pas à grand-chose. « Il y a beaucoup trop de signaux négatifs, comme la suppression de l'ISF auquel il ne faut pas toucher », résume-t-il. Tous sont prêts à rester mobilisés. « Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, nous défendrons nos droits. »
Jean-Christophe MEYER PLUS WEB Notre vidéo sur le site www.lalsace.fr