stocamine - « Changer radicalement la donne »

Publié dans le panorama le Dimanche 27 janvier 2019 à 06:20:23

© L'alsace, Dimanche le 27 Janvier 2019
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stocamine - « Changer radicalement la donne »
 

 
Sandra Regol (au centre), porte-parole nationale d'Europe écologie-Les Verts (EELV), en compagnie de militants haut-rhinois; vendredi. Photo L'Alsace/E. D.
« Un séisme de magnitude 8 », « la stupeur totale », « le plus mauvais choix possible ! » C'est peu dire que les militants alsaciens d'Europe écologie-Les Verts (EELV) et du collectif Destocamine (qui sont souvent les mêmes) ont mal vécu la décision de François de Rugy, dévoilée lundi, de ne déstocker aucune des quelque 42 000 tonnes de déchets toxiques enfouies dans les galeries de l'ancien site minier de Wittelsheim (nos éditions du 22 janvier).

Loin de désarmer, les voici toutefois plus mobilisés que jamais et même « prêts à entrer en résistance active », ainsi que plusieurs le confient ce vendredi après-midi, à l'occasion d'une conférence de presse organisée à Mulhouse. Dans quelques heures, ils organisent une réunion publique dans la salle Grassegert de Wittelsheim. « Une réunion prévue depuis au moins un mois, confie Yann Flory, porte-parole de Destocamine. Sauf qu'à l'époque, on pensait que ce serait l'occasion de boire un coup et de fêter la victoire... Tout ça, c'est une histoire de fric. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a lui-même chiffré le coût du déstockage à 250 millions d'euros. Or de l'argent il y en a ! » « On verra bien ce que les gens disent ce soir, complète Loïc Minery, porte-parole d'EELV Alsace, mais je pense qu'ils auront plein d'idées. Certains parlent déjà de créer une Zad. »
« Il reste un échelonà faire jouer : l'Europe »

L'heure est donc à la colère, ainsi qu'à la mobilisation. Sandra Regol, secrétaire nationale adjointe d'EELV, arrive tout exprès de Paris : « Si la nappe phréatique est touchée un jour, le problème ne se limitera pas à Wittelsheim, ni même à l'Alsace. Le dossier Stocamine est emblématique d'au moins 30 ans de laisser-aller en matière de politique environnementale. On continue de privilégier l'intérêt à très court terme, sur le principe de précaution et l'avenir de la planète... Mais on ne désarme pas. D'autant moins, qu'il reste un échelon à faire jouer : l'Europe. » Suivez son regard : les élections européennes de mai prochain sont déjà en ligne de mire. « C'est l'occasion de changer radicalement la donne au niveau européen, insiste Sandra Regol, et cela passe par un nouveau traité. Il faut que les critères environnementaux surplombent les critères économiques et financiers, dans les choix politiques de l'Union. »

« Il nous reste 15 ans pour agir au niveau mondial »

Refonte complète de la Politique agricole commune (Pac) - transformée en « politique agricole et alimentaire commune » -, plan d'investissement européen massif (100 milliards d'euros par an) « pour aider à la transition énergétique », lutte contre les lobbies de tout poil (chasseurs, géants de l'agroalimentaire ou de la chimie, etc.), lutte contre l'évasion fiscale (« On nous dit toujours qu'il n'y a pas d'argent pour la transition, alors que l'Europe n'a jamais été aussi riche ! C'est juste que l'argent est mal réparti ») : Sandra Regol déroule un discours électoral déjà bien rodé... Avant de conclure sur une cette tirade : « Si l'on refuse d'intégrer que nos atteintes au climat et à l'environnement ont des effets dramatiques, on va droit dans le mur. Il nous reste 15 ans pour agir au niveau mondial... et aujourd'hui en France, nous sommes le seul débouché politique offert aux mouvements qui se battent sur le terrain, comme Destocamine ! »

N'en déplaise à François de Rugy, sa décision vient d'offrir une jolie rampe de lancement à la campagne européenne d'EELV.
Emmanuel DELAHAYE