strasbourg - Gouvernance sous tension permanente

Publié dans le panorama le Dimanche 27 janvier 2019 à 06:12:23

© Dna, Dimanche le 27 Janvier 2019
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Gouvernance sous tension permanente
L'histoire des duos, couples ou tandems au sommet des exécutifs à Strasbourg et à l'Eurométropole n'a jamais été un long fleuve tranquille. Retour sur des épisodes douloureux à gauche et à droite.
 

 
Le tandem Keller-Grossmann, aux jours
Après le duo Ries (Ville) - Trautmann (CUS), né au forceps au retour de la ministre de la Culture, la gauche arrive divisée aux municipales de 2001. Les plaies sont encore vives au PS. Toujours est-il que le concept de binôme a donné l'idée à la droite de créer un tandem Fabienne Keller-Robert Grossmann pour rassembler l'UDF et le RPR et partir à la conquête de l'hôtel de ville.

? Du duo au tandem opportuniste

Résultat : contre toute attente, le tandem Keller-Grossmann s'empare de la mairie. Fabienne Keller s'assoit dans le fauteuil de maire, Robert Grossmann - « maire délégué » selon sa propre expression - devient président de la CUS. Tout au long de leur mandat, des divergences de vues existent, mais les deux têtes des exécutifs réussissent à afficher un front uni, en apparence.

Jusqu'au moment où, lors de la deuxième campagne municipale commune, en 2008, le tandem se sépare avant le second tour : Fabienne Keller, rejetant la faute d'un mauvais résultat au premier sur Robert Grossmann, choisit de rouler de son côté et de se délester de son partenaire, devenu à ses yeux encombrant sur les affiches... La tactique ne fonctionne pas : c'est l'échec.

? Du tandem au couple Ries-Bigot

C'est donc Roland Ries qui sort vainqueur en 2008 au sein d'une liste de rassemblement PS-EELV, marquée par la « paix des braves », entre les deux clans rivaux socialistes. Roland Ries recouvre alors son siège de maire et laisse la gouvernance de la CUS à Jacques Bigot, maire d'Illkirch-Graffenstaden.

Roland Ries se félicite de ce partage, avec un non-Strasbourgeois qui plus est. Et a coutume de dire qu'il préfère cette gouvernance bicéphale pour, explique-t-il, sortir de la schizophrénie qui consiste à prendre des décisions aux intérêts contradictoires - selon que l'on soit du côté du maire ou du président de l'Eurométropole.

? Premier partage du pouvoir

en coulisses en 2008

La réalité, en coulisses, est un peu différente : là aussi, il y a un partage du pouvoir. Si Catherine Trautmann, alors eurodéputée en 2008, n'est pas directement en concurrence avec Roland Ries, son influence et son réseau n'en demeurent pas moins actifs.

Surnommés les « Illkirchois », Jacques Bigot, Philippe Bies et Mathieu Cahn, ainsi que Pernelle Richardot (proche de la députée européenne), sont aux avant-postes pour négocier pied à pied chaque once de gouvernance. Un accord est trouvé pour céder la présidence de la CUS à Jacques Bigot et pour faire de Robert Herrmann, alors conseiller général bien implanté au centre-ville, son premier adjoint.

? Surprise : « Ries repetita »

En 2013, alors qu'il avait dit qu'il ne ferait qu'un mandat, Roland Ries annonce, à la surprise générale, qu'il se représente. Stupeur dans la famille des « Illkirchois » et chez les proches de Catherine Trautmann, Armand Jung et Robert Herrmann.

Un plan pour contrer cet assaut est décidé en catastrophe : un livre signé par Robert Herrmann sort pour dénoncer l'avènement annoncé du « dauphin » Alain Fontanel, pressenti comme premier adjoint à la place du précédent - qui serait ainsi écarté du pouvoir.

? Le Premier ministre s'en mêle en 2013 : un nouveau partage est décidé

La guerre des socialistes repart de plus belle. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault - via le député Armand Jung qui lui en touche un mot dans les couloirs du Parlement - s'en mêle. Les DNA se procurent - et publient - une copie d'un message de la carte de visite du locataire de Matignon : « Il faut que Roland Ries fasse quelque chose pour Herrmann, il est premier adjoint sortant, il faut rassembler », enjoint Jean-Marc Ayrault (DNA du 20 septembre 2013).

Sous la pression, Roland Ries s'assied à une table, où ont pris place le gratin des élus du PS au niveau local, pour signer un « armistice » - sous l'oeil vigilant du directeur de cabinet Jean-François Lanneluc, éminence grise du maire. Les négociations sont menées pied à pied, une fois de plus. Au final, Roland Ries ne cède pas sur le fait qu'Alain Fontanel sera son premier adjoint - avec des compétences sur à peu près tous les dossiers, comme un chef de gouvernement.

Robert Herrmann, quant à lui, hérite du fauteuil de président de la CUS - qui deviendra l'Eurométropole le 1er janvier 2015. Il fera la preuve de son doigté politique en mettant sur pied une coalition inédite gauche-écolos-droite - que ne renierait pas Macron. Sauf qu'en étant proche de Manuel Valls, ignoré par la suite par le nouveau président de la République, il a misé sur le mauvais cheval.
Ph. D.