Tandems et tourments

Publié dans le panorama le Dimanche 27 janvier 2019 à 06:10:26

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Strasbourg Municipales
Tandems et tourments
La volonté de Robert Herrmann de viser à la fois la mairie et la tête de l'Eurométropole, en 2020, a fait sortir son propre campde ses gonds. Et pour cause, c'est revenir sur un « acquis » obtenu de haute lutte : la clé de répartition des fonctions, qui crée un équilibre des forces au PS. Retour sur 20 ans de combats politiques au sommet pour se répartir le pouvoir.
 

 
Catherine Trautmann retrouve son fauteuil de maire en juin 2000, après son aventure ministérielle.
« Si je suis candidat, c'est pour devenir à la fois maire de Strasbourg et président de l'Eurométropole. » Moins de 14 mois avant les municipales, la petite phrase de Robert Herrmann, au détour d'une conversation à bâtons rompus, a fait l'effet d'une bombe et provoqué une crise d'urticaire politique au sein la gauche strasbourgeoise.
Déclaration choc au PS

Ses propres amis socialistes sont montés rapidement au front pour tenter de mettre le holà sur une idée qu'ils préfèrent ne pas voir prospérer. « Candidat à la candidature du PS, pourquoi pas. Leader de liste de rassemblement, passe encore. Mais se lancer pour devenir maire et président de l'Eurométropole en même temps, faudrait pas pousser », se sont dit les cadors du PS 67.

? Ries : ce serait une erreur

À commencer par l'actuel maire de Strasbourg, Roland Ries, qui ne se présentera plus mais qui incarne la clé de voûte du partage du pouvoir dans son exécutif municipal, depuis deux mandats. « Je reste favorable à la dissociation de la fonction de maire de la ville centre et celle de président de l'agglomération, qui n'est en définitive qu'un établissement de coopération intercommunale. [...] Ce serait une erreur de revenir en arrière ! » a fustigé l'actuel locataire de l'hôtel de ville, dans la foulée.

? Bigot : « Ce n'est pas un préalable »

Même son de cloche de la part du précédent président de l'Eurométropole (que l'on appelait alors la CUS), Jacques Bigot. Avec qui Roland Ries avait « partagé » le pouvoir en 2008, sur le mode : à moi la mairie, à lui la CUS. Jacques Bigot a d'ailleurs réagi défavorablement à l'idée de Robert Herrmann : « On peut le souhaiter mais pas le poser comme préalable », a-t-il indiqué quelques jours plus tard. Traduction : c'est hors de question.

? Richardot : « Pas de places

pour les aventures individuelles »

« Il n'y a pas de place pour des aventures individuelles », a rétorqué, elle aussi, la N° 1 du PS 67 Pernelle Richardot - qui se pose en « garante » de l'unité de la famille socialiste. Tout comme celui qui l'a précédée à ce poste de premier secrétaire fédéral, Mathieu Cahn, qui s'est dit possible « candidat », lui aussi, du coup, à la tête de liste au PS. Sans oublier Philippe Bies, qui est sur les rangs pour la conquête de la mairie, pour l'instant.

De quoi ressortir la machine des primaires qui a fragmenté le parti ? « La question ne se pose pas », a tranché Pernelle Richardot sans, toutefois, exclure d'emblée cette hypothèse. Comme pour pouvoir en brandir le spectre s'il le fallait, en dernier recours.
Des « Yalta » nécessaires

En y regardant de plus près, le partage des exécutifs municipal et intercommunal ne s'est jamais fait en douceur par le passé.

Le premier « Yalta » de la gouvernance s'est d'ailleurs déroulé, de manière contrainte et forcée, en des circonstances particulièrement pénibles au PS : au moment du retour à Strasbourg de l'ex-ministre de la Culture Catherine Trautmann, en l'an 2000. Le maire intérimaire Roland Ries, ayant manifestement pris goût à la fonction, n'a pas souhaité lui rendre son siège.

? Le clash politicien majeur du PS

Cet épisode a provoqué un clash majeur dans l'histoire politique récente au PS, qui a encore des répercussions aujourd'hui dans l'hémicycle. Et ce, en divisant les troupes « rocardiennes » entre pro-Trautmann et pro-Ries. Une solution à la crise intestine avait fini par être trouvée, confiant dans un premier temps la mairie à Roland Ries et la CUS à Catherine Trautmann. Finalement Catherine Trautmann reprenait mairie et présidence de la CUS.

Ce qui fait ajouter aujourd'hui à Pernelle Richardot, au sujet de cette nouvelle situation: « Le débat pour la gouvernance est fondamental et mérite mieux que des coups de boutoir ! Il faut porter une vision pour la ville et une ambition pour l'Eurométropole. »
Philippe DOSSMANN