Hôpitaux Civils Colmar« Dans le mur si on ne change rien »

Publié dans le panorama le Mercredi 23 janvier 2019 à 06:59:14

© L'alsace, Mercredi le 23 Janvier 2019
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Hôpitaux civils Colmar« Dans le mur si on ne change rien »
 

 
Pour le docteur Jean-Marie Woehl, président du conseil médical d'établissement des hôpitaux civils de Colmar, 2019 sera l'année de la dernière chance pour notre système de santé. Photo L'Alsace/Vanessa Meyer
Comment les HCC, jusqu'ici à l'équilibre, ont-ils pu passer dans le rouge cette année, au point de demander l'aide de l'Agence régionale de Santé (ARS) pour boucler le budget ?
Ce déficit est mécanique. Il est le fruit notamment d'un plan tout à fait justifié de valorisation salariale décidé par le précédent gouvernement il y a deux ou trois ans. Cela a pour conséquence, sans augmenter les effectifs, un surcoût de 3 millions d'euros sur notre budget. D'autres décisions ont des impacts budgétaires sur l'hôpital, sans compensation financière : la prise en charge du transport, qui nous a coûté 700 000 euros cette année, la traçabilité des médicaments et l'enregistrement des molécules onéreuses, qui seront mis en place en 2019 et qui vont également impacter nos budgets.
Lors de votre allocution à la cérémonie des voeux des HCC, vous estimez que notre système de santé n'est plus le meilleur du monde. Pourquoi ?

Je suis vice-président de la commission nationale des comités médicaux d'établissement. Et à ce titre, je peux vous dire que le monde médical partage sur le fond le constat qui a été dressé le 18 septembre 2018 par Emmanuel Macron lors de sa présentation de la stratégie nationale de transformation du système de santé, Ma Santé 2022. L'enjeu financier est tel qu'il occulte bien souvent la réflexion de fond. Le temps médical se réduit, la double tutelle de la CAF et du Ministère nous confine dans deux mondes parallèles alors qu'on aurait besoin de règles communes. Notre système d'information est obsolète, le côté médicotechnique est survalorisé par rapport à l'acte intellectuel de réflexion et de synthèse. En conséquence, une énième réforme de l'hôpital ne sera pas suffisante. Il nous faut transformer et décloisonner. Si on ne change rien, on va dans le mur.
Le constat est inquiétant, pourtant vous parlez d'un projet stimulant.

Oui, il s'agit d'une révolution culturelle pour le système de santé. Il va falloir passer de silos hermétiques à un travail en commun avec la médecine de ville et les professionnels de santé libéraux. Il y a des choses que nous avons tenté d'anticiper à différents niveaux à Colmar et qui satisfont les généralistes. Depuis 5 ou 6 ans par exemple, nous avons mis en place un accès téléphonique du lundi au samedi de 8 h 30 à 18 h 30 aux médecins de l'hôpital. Les généralistes peuvent appeler un médecin hospitalier pour parler d'un cas particulier, demander conseil. Cela évite notamment des passages aux urgences. Dans sept ou huit spécialités, cela fonctionne très bien. C'est par des choses comme celles-ci qu'on va y arriver.
Colmar a-t-elle des atouts à faire valoir dans le cadre de cette réforme ?

Oui, sa taille d'abord. Avec un bassin de proximité de 410 000 habitants, le groupement hospitalier territorial 11 (GHT 11), dont Colmar est l'établissement de référence, peut se découper en quatre ou cinq zones de proximité. Car le coeur de la réforme, ce sont les futures communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), qui doivent regrouper tous les interlocuteurs en ville et les libéraux sur une zone de moins de 100 000 habitants. C'est exactement ce qui nous manque : un interlocuteur en ville pour pouvoir échanger et pour intégrer ses représentants dans nos propres structures. C'est ça l'enjeu de 2019. Si on arrive à faire ça, on arrivera à sauver notre système de santé. Si on n'y arrive pas, avec la pression démographique et financière, le système va imploser.
Propos recueillis par Marie-lise PERRIN