Neige populiste sur Davos

Publié dans le panorama le Mercredi 23 janvier 2019 à 06:46:53

© L'alsace, Mercredi le 23 Janvier 2019
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Neige populiste sur Davos
 

 
Le dirigeant brésilien Jair Bolsonaro accueilli par Klaus Schwab, président du Forum économique mondial de Davos. Photo Fabrice COFFRINI/AFP
Le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro sait se tenir. Propulsé hier à l'avant-scène du Forum de Davos, il a servi au gotha de l'économie et de la politique un discours sans aspérités, loin de ses diatribes d'extrême droite. Oublié, ses attaques contre la réalité du réchauffement climatique face à une assemblée qui prétend laver plus vert que vert. Oublié, sa profession de foi protectionniste, dans ce temple du libre-échange. Résultat, le maître des lieux Klaus Schwab a invité les financiers présents à saisir « les grandes opportunités » du Brésil.
Le sermon politique du FMI

Jair Bolsonaro devait ce soudain vedettariat à son récent triomphe, et à l'absence des deux stars de l'an passé, Donald Trump et Emmanuel Macron. Tous deux retenus par des tempêtes domestiques, entre « shutdown » (impasse budgétaire) et « gilets jaunes », comme d'ailleurs la troisième absente de marque, Theresa May.

La cheffe économiste du FMI (Fonds monétaire international) en avait donné la clé dès lundi. Le risque est désormais moins économique que politique, a expliqué Gita Gopinath, qui a sermonné les dirigeants : « Ce qui est important, ce n'est pas d'attendre une escalade des risques politiques, mais que les dirigeants politiques s'occupent d'éviter un tel mécontentement avec la manière dont les choses fonctionnent. »

C'est vrai, et c'est ce que nous faisons, a déclaré en substance (et en visioconférence) le ministre des Affaires étrangères (secrétaire d'État) des États-Unis, Mike Pompeo, proche de Donald Trump. « Au cours des dernières années, à travers le monde, les électeurs ont renvoyé chez eux des politiques et des alliances politiques dont ils estimaient qu'ils ne représentaient pas leurs intérêts ». Ces « chamboulements positifs », a-t-il détaillé, ont permis la montée du Mouvement 5 Étoiles en Italie, ainsi que les élections de Jair Bolsonaro, de Donald Trump... et d'Emmanuel Macron, ainsi embauché dans le camp populiste.

Le ton sera aujourd'hui différent avec Angela Merkel. Mais le fond de l'air restera frais, sinon glacial, dans la très chic station des Alpes suisses. Car l'économiste du FMI était venue avec une mauvaise nouvelle : la croissance mondiale va ralentir encore plus que prévu, à 3,5 % (contre 3,9 % il y a six mois). Et le moral des patrons de multinationales, qui composent l'essentiel de l'assistance, est au plus bas : 29 % sont pessimistes, contre 5 % l'année dernière, selon une enquête de PwC.
Francis BROCHET