mouvement social Gilets jaunes Grand débat : vont-ils participer ?

Publié dans le panorama le Mercredi 23 janvier 2019 à 06:21:02

© Dna, Mercredi le 23 Janvier 2019
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mouvement social Gilets jaunes
mouvement social Gilets jaunes Grand débat : vont-ils participer ?
Les gilets jaunes se montrent divisés autour de la question du grand débat national voulu par Emmanuel Macron. Pendant que certains jouent le jeu, d'autres restent méfiants quant au résultat et à l'efficacité de cette initiative nationale.

 
À Horbourg-Wihr, certains gilets jaunes se disent prêts à débattre, même s'ils redoutent un statu quo final.
Difficile d'établir un positionnement uniforme au milieu d'une myriade de personnalités bigarrées. Si certains gilets jaunes voient d'un mauvais oeil le grand débat national lancé par Emmanuel Macron, d'autres ont un avis plus nuancé sur le sujet. Les points de vue divergent d'un rond-point à un autre, voire d'un individu à un autre.

Quelques-uns ont accepté de répondre à nos questions.

À Colmar, Cyril ne mâche pas ses mots. Même si ce gilet jaune fustige l'initiative lancée par le président, il rappelle que son avis lui appartient et n'est pas forcément celui de ses camarades. Pour sa part, il compte « parodier » ce grand débat, pour « en faire une satire ». Il dénonce des discussions orientées en amont, avec des thèmes imposés par La République en Marche. Une concertation qui selon lui n'intègre pas assez les gilets jaunes.

« Au final, ce sont les maires qui s'y retrouvent, estime-t-il. On se retrouve sur des grands débats très dirigistes et qui finalement ressemblent plus à une préparation pour les prochaines élections municipales. »
« C'est bien de manifester mais si on ne discutepas avec les gens,on n'arrivera à rien »

Du côté de l'association des « GJ de Colmar », composée de sept gilets jaunes de la région colmarienne, l'heure est au dialogue. « Si on reste renfermés sur nous-mêmes, on arrivera à rien », observe Michael, le président, qui se dit prêt à débattre avec tout le monde, citoyens comme politiques. Il participera à la réunion publique du 4 mars à Colmar.

« Il faut ouvrir le dialogue. Peut-être qu'à la fin, il y aura une issue favorable. » Lui et les membres de son association sont allés à la rencontre des Colmariens ce week-end pour leur faire remplir des cahiers de doléances. Une opération que Michael compte renouveler. « C'est bien de manifester mais si on ne discute pas avec les gens, on n'arrivera à rien. »

À Horbourg-Wihr, même son de cloche, ou presque. « Ça peut être un outil pour toucher le plus grand nombre de personnes possibles », déclare Bruno. Certains gilets jaunes du secteur se sont d'ailleurs rendus au débat organisé, ce samedi à Munster.

Plus par résignation que par conviction. « Je ne me fais pas d'illusion, tempère Bruno. Macron et ses copains essaient d'endormir le mouvement avec ce débat. On sait très bien que ça ne servira à rien. »
« Qu'est-ce qui va êtrefait de cette parole ? »

Néanmoins, Bruno voit le grand débat national comme « un moyen de s'exprimer, de faire entendre au plus grand nombre leurs revendications », à commencer par le référendum d'initiative citoyenne (RIC). Certains gilets jaunes d'Horbourg-Wihr comptent en effet mettre en place des conférences autour du RIC. Une démarche pédagogique pour « expliquer et rassurer certaines personnes » sur cette demande controversée.

« On veut participer au débat, discuter, être présents », affirme de son côté Gil. Selon cet autre gilet jaune, les revendications des citoyens qui se sont exprimés à Munster ce samedi recoupent celles des gilets jaunes : salaires trop importants des dirigeants, lenteur de la justice, budget de l'État équilibré, casier judiciaire vierge pour les élus, gratuité des transports en commun... Même s'il se dit « très motivé », Gil préfère rester vigilant et s'interroge : « Qu'est-ce qui va être fait de cette parole ? »

Pour beaucoup, ce grand débat national manque de concret. Mais Gil, comme d'autres, compte se rendre au 2e débat organisé à Munster, le 2 février. « On sera présents pour voir ce qui est fait de ces revendications », promet Gil, pour qui les gilets jaunes restent une composante majeure du débat, même s'il craint que cette concertation nationale ne soit que de « l'esbroufe ».
Camille LANGLADE