Tirs de LBD : les deux ados blessés ne manifestaient pas

Publié dans le panorama le Mercredi 23 janvier 2019 à 06:19:32

© L'alsace, Mercredi le 23 Janvier 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF
Tirs de LBD : les deux ados blessés ne manifestaient pas
 

 
Le défenseur des droits Jacques Toubon réclame la suspension de l'utilisation des LBD pour « annuler le risque qui existe de dangerosité de ces armes », responsables de blessures graves pendant et en marge des manifestations des gilets jaunes. Archives DNA/Michel Frison
Dix jours après les heurts qui ont émaillé l'acte IX des gilets jaunes à Strasbourg, l'enquête des policiers de la Sûreté départementale du Bas-Rhin est sur le point d'être clôturée. Elle met hors de cause les deux adolescents de 15 ans touchés par des tirs de LBD 40 (lanceurs de balles de défense de 40 mm).

Le premier a fait du shopping Place des Halles, dans l'après-midi du samedi 12 janvier avec un ami. En sortant du centre commercial, il veut prendre le tram pour rentrer chez lui mais constate que le trafic est interrompu en raison de la manifestation des gilets jaunes. Il marche alors en direction de la gare.
À une bonne dizainede mètres des manifestants

Vers 16 h, le jeune homme arrive au pont Kuss, tout près de la gare de Strasbourg, où plusieurs dizaines de gilets jaunes font face aux gendarmes mobiles positionnés rue du Maire-Kuss. Un autre adolescent se trouve parmi les nombreux badauds massés sur le quai près de la Rambarde. Les deux garçons se tiennent tout de même à une bonne dizaine de mètres derrière les manifestants.

Sur les vidéos fournies par des passants exploitées par les enquêteurs et que les DNA ont pu visionner, on voit clairement des gilets jaunes saisir des bouteilles en verre provenant d'un conteneur pour les lancer sur les gendarmes mobiles. C'est à ce moment-là que des policiers en civil, postés quai Saint-Jean de l'autre côté du pont, à une cinquantaine de mètres des manifestants, font usage de leurs LBD.

Sur les quatre fonctionnaires de la Brigade anticriminalité (Bac) munis de cette arme défensive, trois tirent de manière très rapprochée en direction des individus en train de jeter des bouteilles. Deux des trois projectiles manquent leur cible et atteignent les deux adolescents à la joue et à la cuisse, provoquant pour l'un une fracture de la mâchoire qui a nécessité une lourde intervention chirurgicale et la pose de broches, pour l'autre un important hématome au-dessus du genou (nos éditions du 14 et 19 janvier).

Les images filmées au smartphone démontrent clairement que les jeunes, qui ne portaient pas de gilet jaune, se tenaient en retrait de l'action et n'y ont à aucun moment pris part. Sur l'une d'entre elles, on entend distinctement les détonations, qui correspondent aux usages des LBD par les policiers en civil.
Déterminer si une faute pénale a été commise

Que dire des circonstances dans lesquelles ces tirs ont été réalisés ? L'enquête de la sûreté départementale du Bas-Rhin devra déterminer si une faute pénale a été commise. Autrement dit, si les fonctionnaires de la Bac ont utilisé leurs lanceurs de balles de défense dans des conditions légales, en l'occurrence pour enrayer les violences commises sur les gendarmes mobiles.

La procureure de la République de Strasbourg pourrait décider de saisir l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour faire toute la lumière sur les faits.

Qui a donné l'ordre de tirer ? Les précautions prescrites par l'instruction du 2 septembre 2014 du ministère de l'Intérieur ont-elles bien été respectées ? En particulier celle qui prévoit que, « dans la mesure du possible, le tireur s'assure que les tiers éventuellement présents se trouvent hors d'atteinte, afin de limiter les risques de dommages collatéraux ». Étant précisé que le désignateur d'objectif électronique (viseur) associé à l'arme, s'il permet de tirer jusqu'à 50 mètres, offre « un tir optimum à 30 mètres, sur un objectif fixe ». Or les policiers se trouvaient précisément à 48 mètres des manifestants hostiles, selon les enquêteurs.
Antoine BONIN Nous avons fait le choix de ne pas donner l'identité et les images des deux victimes car il s'agit de mineurs. Divulguer leur identité complète aggraverait encore le préjudice subi.