Le plan grand froid déclenché

Publié dans le panorama le Mercredi 23 janvier 2019 à 05:55:12

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Le plan grand froid déclenché
Tirant les conséquences de la chute des températures, l'Etat a décidé ce mardi d'activer le plan grand froid dans les deux départements alsaciens pour augmenter le nombre de places en hébergement d'urgence.
 

 
Comme ici dans les rues de Strasbourg, le froid constitue un danger redoutable pour les personnes sans-abri.
Les températures minimales sont négatives depuis la fin de la semaine dernière et le thermomètre ne dépasse que timidement le seuil positif en journée. À cette vague de froid qui s'annonce durable viennent s'ajouter les conséquences de l'épisode neigeux venu de l'ouest du pays, même s'il ne devrait que légèrement toucher la région selon Météo France (1 à 3 cm de neige en plaine).

Les préfets du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont donc décidé d'activer le niveau 2 du dispositif hivernal mis en oeuvre au début de l'hiver. Depuis le 1er novembre, l'État et les collectivités ont en effet augmenté le nombre de places disponibles pour l'hébergement d'urgence.
Places supplémentaires et maraudes renforcées

Dans le Bas-Rhin, 414 places sont ouvertes pour les personnes isolées et pour les familles, en hébergement collectif ou en chambres d'hôtel. Elles viennent s'ajouter aux plus de 9 000 places pérennes ouvertes tout au long de l'année pour un coût de 56 millions d'euros à la charge de l'État. L'Eurométropole et la Ville de Strasbourg soutiennent activement ce dispositif. Au total, selon Syamak Agha Babaei, en charge de la politique du logement à l'Eurométropole, « les deux collectivités consacrent chacune plus de 2,5 millions d'euros à l'hébergement d'urgence et trois gymnases peuvent être mis à disposition de la préfecture dans le cadre du plan grand froid. »

Alors que le maire de Strasbourg, Roland Ries, relayait lundi sur son compte Facebook les demandes qu'il avait faites au préfet ces derniers jours pour augmenter le nombre de places disponibles, le préfet du Bas-Rhin a pris la décision, mardi, de mettre en oeuvre ce plan en activant le niveau 2 du dispositif hivernal. Depuis ce mardi soir, 174 places supplémentaires sont mobilisables et l'activité des maraudes effectuées par l'Ordre de Malte, Médecins du monde, la Croix-Rouge, les Restos du coeur et une équipe de la ville de Strasbourg sont intensifiées. Les horaires d'ouverture des accueils de jour sont étendus, afin que les personnes sans-abri puissent aussi trouver une solution d'hébergement pendant la journée. À ce jour, 501 places supplémentaires ouvertes avec le déclenchement du plan grand froid sont mobilisables.

Dans le Haut-Rhin, 209 places supplémentaires ont été progressivement ouvertes par l'Etat depuis le début du mois de novembre. « L'hébergement d'urgence est une compétence de l'État », rappelle Alain Couchot, adjoint à la Solidarité et au Logement à la maire de Mulhouse, « mais la ville apporte son concours, par exemple dans l'ouverture d'un abri de nuit d'une capacité de 30 places. Il ne s'agit pas d'un gymnase car nous considérons qu'un gymnase est un endroit fait pour faire du sport. Nous avons trouvé des moyens pour répondre de manière adéquate aux besoins des personnes sans-abri ». À Colmar, 31 places supplémentaires ont été attribuées par la préfecture pour l'hiver et la municipalité se tient prête à accroître la capacité d'accueil, indique Christiane Charluteau, élue en charge de la cohésion sociale. Les associations Espoir et Accès joignent leurs efforts à ceux de la Croix-Rouge et de l'ordre de Malte pour aller à la rencontre des personnes exposées au froid dans la rue.
Points de discorde

Le déclenchement du plan grand froid se traduit là aussi par une intensification de l'intervention des maraudes, des places d'hébergement supplémentaires et l'augmentation de l'amplitude horaire de l'accueil de jour effectué par l'association SURSO, désormais ouvert de 8 h 30 à 12 h et de 13 h 30 à 16 h 15. Pour Raymond Kohler, président de l'association ACCES qui gère pour le compte de l'État une partie des places ouvertes à Mulhouse, cette mesure fait vraiment la différence en période de grand froid. Mais il souligne également l'importance de la solidarité : « Il y a des personnes qui parviennent à trouver une solution à droite à gauche, et heureusement. Sans cela, les personnes que nous devrions accueillir seraient deux ou trois fois plus nombreuses. »

Des points de discorde demeurent malgré tout sur la gestion du dispositif entre l'État d'une part, les collectivités et les associations d'autre part.

Du côté des élus et des militants, on met en cause « la gestion au thermomètre » de la problématique de l'hébergement, en critiquant la modulation des moyens selon l'évolution des températures. « Nous essayons de viser différents publics avec l'association l'îlot pour ouvrir un accueil aux personnes isolées avec des animaux de compagnie, ou encore un projet avec la maison des adolescents et l'ARS pour les personnes avec une addiction, indique Syamak Agha Babaei.

Un autre projet est en cours de déploiement, pour créer un hébergement intercalaire à la clinique Sainte-Odile. Cela consiste à accueillir de manière temporaire des personnes dans des logements destinés à être transformés en logement haut de gamme. Il sera déployé à partir de mars ».

S'il reconnaît qu'à Strasbourg l'hébergement d'urgence est ouvert aux déboutés du droit d'asile, l'articulation de la prise en charge des migrants et des personnes sans domicile constitue un autre point de discussion. Pour Raymond Kohler, « le cloisonnement des dispositifs, qui n'ont pas le même pilote, est une source de complexité, alors que les personnes à la rue rencontrent le même problème en ce moment, le froid. Sur les 24 personnes qui sont aujourd'hui sans solution dans le Haut-Rhin après avoir contacté le 115, la plupart sont des déboutées du droit d'asile. Et la position de la FNARS sur ce sujet est qu'en laissant sans solution des personnes qui ont vocation à quitter le territoire, l'État les incite effectivement à aller voir ailleurs. »
Erwann DUMONT