Sur internet, les Français prennent la parole

Publié dans le panorama le Mercredi 23 janvier 2019 à 05:39:50

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Politique Démocratie
Sur internet, les Français prennent la parole
Le grand débat national a démarré timidement avec les premières réunions locales, souvent organiséespar des élus ou des associations. Mais les Français semblent décidés à donner leur avis par internet.En témoigne le bon démarrage de l'appel à contribution.
 

 
L'appel à contributions est disponible depuis mardi sur le site du grand débat national.
Après un retard à l'allumage, l'appel aux contributions sur le site du grand débat national a ouvert mardi matin. Un démarrage dont pourra sans doute se féliciter le gouvernement : à 18 heures, l'on recensait près de 15 000 propositions et 38 000 réponses aux « questions rapides ».
Affluence en ligne

Mobilisation des gilets jaunes, bataille de cagnottes et aujourd'hui cet exercice inédit : l'engagement, pas si fréquent dans le monde physique, se trouve démultiplié en ligne. Les gilets jaunes en ont apporté la preuve : les rassemblements sur les ronds-points n'ont jamais attiré autant de monde que leurs pages Facebook. Et voilà que la participation modeste aux « réunions d'initiatives locales » se trouve éclipsée par le solide démarrage des contributions numériques.
Prénoms et pseudos

S'ils étaient souvent dans l'ombre des élus ou des associations dans l'organisation des débats, les « citoyens » forment cette fois l'écrasante majorité des participants, sans doute encouragés par la possibilité de rester anonyme ou de se contenter d'un simple prénom. Et si certaines propositions semblent incongrues (« Déduire les pauses cigarettes du temps de travail » ou « Voiture à pédales »), le sérieux domine largement.
De quoi parle-t-on ?

D'abord pensé comme une plate-forme très ouverte, le site du grand débat national, a été remodelé avec des questionnaires plus ciblés reprenant les thèmes formulés par Emmanuel Macron dans sa lettre. Sans surprise, la « Fiscalité et les dépenses publiques » agrègent pour l'heure le plus de remarques, légèrement devant la Transition écologique et loin devant « Démocratie et citoyenneté » et « Organisation de l'État et des services publics ».

Les remontées attendront évidemment la clôture des débats le 15 mars mais certaines questions, déjà entendues depuis plusieurs semaines, reviennent comme une ritournelle : la « justice fiscale » avec la volonté de voir l'impôt mieux réparti, « la fin du matraquage des retraités » comme l'écrivent plusieurs contributeurs, les appels à « alléger le millefeuille territorial », le rétablissement de l'ISF. Le thème de l'immigration revient très peu, sauf au chapitre laïcité, où les contributeurs sont clairement attachés à la neutralité totale des religions. Peu de contributions sur l'emploi, ce qui est plus surprenant. Cela dit, les questions s'y prêtent peu.
Les gilets jaunes lancent leur plate-forme

Tout peut-il être abordé dans ce débat ? La lettre aux Français a donné le ton : beaucoup de questions sur beaucoup de thèmes, mais la réaffirmation que la politique économique portée durant la campagne était la bonne. Le cadre est le même pour ces appels à contribution, tous ouverts par un questionnaire. Sur la citoyenneté, la démocratie, l'organisation de l'État, l'on voit ainsi un gouvernement à l'écoute, avec des interrogations précises sur l'avis et le ressenti des Français. Sur le chapitre fiscalité en revanche, la discussion est très bornée : « Afin de réduire le déficit public de la France, qui dépense plus qu'elle ne gagne », peut-on lire en introduction de l'une des « questions rapides ».

Des débats « orientés », c'est ce que dénoncent justement nombre de gilets jaunes. Une partie d'entre eux, autour de Maxime « Fly Rider » Nicolle, l'une des figures du mouvement, a annoncé lundi soir le lancement d'une plate-forme nationale concurrente afin de « collecter les revendications ». Elle utilisera un outil conçu par la société Cap Collectif, la même que celle utilisée par... le gouvernement.
Alexis BOYER