Allemagne L'AfD en crise de croissance

Publié dans le panorama le Mardi 22 janvier 2019 à 06:45:06

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Allemagne L'AfD en crise de croissance
 

 
L'Afd est crédité de 10 % d'intentions de vote aux élections européennes. Photo M. SKOLIMOWSKA
Berlin.- De notre correspondant

L'année 2019 devait être celle de la consécration. Le calendrier électoral offre l'opportunité à l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) de transformer l'essai, deux ans après son entrée triomphale au Bundestag comme première force d'opposition. Entre les élections européennes du printemps, promises aux populistes, et trois élections régionales de l'automne qui se déroulent à l'Est, pour lesquelles elle concourt pour la première place, l'Alternative peut rêver d'un grand chelem. Mais l'affaire semble loin d'être dans le sac : un sondage* crédite l'AfD de 10 % d'intentions de vote aux européennes et deux de ses têtes de listes aux régionales sont nommément citées pour justifier une possible mise sous surveillance du parti. Depuis la semaine dernière, l'office de protection de la Constitution (BfV) examine de plus près le parti populiste pour déterminer si ses intentions et son programme mettent en cause les valeurs fondamentales du pays, comme le respect de la dignité humaine, inscrite dans l'article un de la Constitution dont l'Allemagne célèbre cette année les 70 ans. Les "dérapages" calculés et répétés des deux figures de proue de l'aile nationale-populiste du mouvement (Andreas Kalbitz dans le Brandebourg et Björn Höcke en Thuringe) ne sont pas seuls en cause.

Certes, Höcke, souvent considéré comme le mauvais génie de la droite radicale, s'est fait remarquer par ses commentaires sur les "corps étrangers" pour les non-Allemands, "dont l'intégration est impossible". C'est surtout la non-distanciation des responsables du mouvement avec ces propos qui motive l'intérêt des renseignements intérieurs. Le chef de file de l'AfD en Bade Wurtemberg Jörg Meuthen, policé dans ses apparitions publiques, utilise la même "rhétorique agressive et xénophobe" lors de rassemblements des plus radicaux notent les agents du BfV dans leur rapport. L'épée de Damoclès de la mise sous surveillance, une mise au ban réservée jusqu'ici aux partis néo-nazis, effraie les plus modérés qui réclament un "auto-nettoyage" dans les rangs du mouvement.
Des difficultésà rassembler

Mais une exclusion des plus extrémistes n'est pas sans risque. La démonstration est déjà faite après le départ d'André Poggenburg, poussé vers la sortie notamment après ses déclarations sur la communauté turque, juste "bons à vendre du cumin et des chameaux". L'annonce du partant de fonder son parti et de créer des alliances avec les extrémistes de "Pro Chemnitz" ou de Pegida en vue des régionales porte un coup dur à la stratégie de l'AfD de rassembler tous les radicaux sous son panache bleu ciel. Ce nouveau départ d'une figure de proue, après celui des anciens leaders Bernd Lücke et Frauke Petry, illustre la crise de croissance chronique d'un jeune parti (créé en 2013), mais fracturé en deux, incapable de rassembler au-delà d'un noyau de plus en plus dur.

L'aversion commune pour les réfugiés ne suffit plus à tenir l'ensemble. Le parti siège désormais dans les 16 parlements régionaux mais reste isolé à la droite des hémicycles, où il s'illustre davantage par ses coups d'éclats permanents que par des propositions constructives.
David PHILIPPOT

*Sondage Forsa pour RTL/NTV du 14.01.19