Sevenday : abandon avant liquidation ?

Publié dans le panorama le Mardi 22 janvier 2019 à 05:37:06

© Dna, Mardi le 22 Janvier 2019
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Soultz (Haut-Rhin) Social
Sevenday : abandon avant liquidation ?
Le dossier Sevenday (fabricant de céréales) est examiné aujourd'hui par le tribunal de commerce de Colmar. Les 90 salariés de l'usine de Soultz, sans patron depuis plusieurs semaines, redoutent la liquidation judiciaire.
 

 
Les salariés de Sevenday craignent une mise en liquidation judiciaire mardi à Colmar.
« Bonjour, c'est pour parler à la direction... » Chez Sevenday, à l'autre bout du fil : « Désolé, il n'y a plus personne. Je ne saurais vraiment pas qui vous passer... » Ambiance surréaliste, chez le producteur de céréales implanté à Soultz. Depuis le début de l'année, les chaînes de production sont à l'arrêt, hormis quelques opérations de reconditionnement.
« Le D a disparu ici »

Surtout, il n'y a plus personne à la barre. « Ni directeur général ni DAF ni DRH. Ni D quoi que ce soit. Le D a disparu ici », résume un employé. Les 90 salariés, eux, sont présents. Charlotte sur la tête, un petit groupe devise paisiblement. On devine le sujet.

Retour en arrière : en 2015, la société, alors détenue par l'allemand Hahne Cereals Group, est en proie à des problèmes financiers. Elle est placée en redressement judiciaire puis en liquidation. La même année, le fonds d'investissement hollandais Nimbus est choisi parmi les deux dossiers de reprise. Le nouvel actionnaire supprime 38 postes (sur 114), mais l'activité redémarre : nouveaux produits, nouveaux clients. Suivent des investissements et même des embauches.

Sevenday revit. En apparence, seulement, car l'équilibre n'est toujours pas atteint. « Les pertes étaient encore là, mais l'actionnaire les comblait en fin d'exercice. Jusqu'à cette année... », analysent des sources syndicales qui évoquent par ailleurs un déficit de 1,1 M EUR en 2017 (pour un chiffre d'affaires de 18 M EUR).

Fin 2017, Nimbus place un nouveau directeur sur le site, Ion Russu. « Il a été efficace et nous a trouvé de nouveaux clients, dont une enseigne réputée de la grande distribution. C'était un beau contrat : autour de 3 M EUR/an. On devait commencer la production en début d'année... »

Mais à la fin de l'année dernière, le personnel s'inquiète de voir les stocks de matière première (farine, sucre, cacao...) ne pas se renouveler. Il n'y a plus de trésorerie. Les lignes ne pourront repartir.

Le comité social économique (CSE) met alors la pression sur l'actionnaire et convoque une réunion le 4 janvier. « C'est là que M. Russu nous apprend qu'il a démissionné le 22 novembre et qu'il n'est plus là qu'en tant que directeur commercial. Il nous a expliqué avoir démissionné pour mettre la pression sur l'actionnaire afin qu'il réinjecte de l'argent. » Sans succès.

Le préavis de M. Russu étant terminé, il quitte l'entreprise. Un consultant extérieur, basé dans le Haut-Rhin, est bien présent depuis plusieurs jours dans les murs à la demande du fonds d'investissement. « Pour une mission d'audit, il n'a aucun mandat », selon les syndicats. Il n'a de toute façon pas souhaité s'exprimer. Mais alors pas du tout.
Nimbus, nébuleuse stratégie

Ces deux dernières semaines, les représentants syndicaux ont pris l'initiative de contacter les concurrents de Sevenday pour les informer de la situation et leur proposer de reprendre le site. « Ils étaient surpris, ça ne se passe pas comme d'habitude. Certains ont simplement enregistré l'information, mais un a paru intéressé. Sauf qu'on n'en sait pas plus... »

La stratégie nébuleuse de Nimbus ne laisse pas de surprendre les salariés. « Pourquoi avoir attendu pour communiquer ? Qu'a Nimbus à gagner là-dedans ? On aurait pu faire le dossier plus tôt, encore trouver un repreneur. Là, le trou n'a fait que se creuser... »

Autre exemple de cette méthode, Sevenday a continué à embaucher jusqu'à ce début d'année : « Un jeune commercial a quitté son entreprise pour nous rejoindre la semaine dernière. Personne ne lui a rien dit. C'est une honte ! »

Lundi, Nimbus a écrit aux représentants syndicaux pour leur parler d'éventuelles tractations avec un concurrent. « À 24h de la décision : on se fait balader ! Il est arrivé la même chose à la Chocolaterie de Bourgogne (société rachetée par Nimbus en 2015 et repris par l'espagnol Lacasa moyennant 117 licenciements sur 185 postes). Sauf que nous, ce sera peut-être la liquidation ! »

Alors évidemment, à une meilleure compréhension de la situation, il manque de nombreux éléments, chiffrés notamment. Ceux que seul l'actionnaire aurait pu communiquer. Malheureusement, l'interlocuteur privilégié des instances représentatives du personnel, Kaj Grichnik (associé chez Nimbus), n'a pas répondu à nos multiples sollicitations.

C'est fâcheux pour une structure qui, sur son site internet, annonce (traduit de l'anglais) : « Nous bougeons rapidement. La décision de restructurer, refinancer, revitaliser une entreprise doit être prise au bon moment. »

La chambre commerciale du tribunal de grande instance en jugera ce mardi.
Mathieu PFEFFER Une cagnotte « Sauvons les 90 employés de Sevenday » a été mise en ligne vendredi sur leetchi.com. Elle avait permis de récolter 770 EUR lundi soir.

Une cagnotte « Sauvons les 90 employés de Sevenday » a été mise en ligne vendredi sur leetchi.com. Elle avait permis de récolter 770 EUR lundi soir.