fessenheim D'un traité à l'autre : Vie et mort de la centrale

Publié dans le panorama le Mardi 22 janvier 2019 à 05:36:24

© Dna, Mardi le 22 Janvier 2019
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fessenheim D'un traité à l'autre
fessenheim D'un traité à l'autre : Vie et mort de la centrale
Le traité de l'Élysée, signé en 1963, avait conduit à la construction d'une centrale nucléaire sur les rives du Rhin. 56 ans plus tard, celui d'Aix-la-Chapelle dresse un cadre pour l'après-nucléaire en Alsace.

 
Au regard des pressions constantes venues d'outre-Rhin, ces dernières années, pour obtenir sa fermeture, on a peine à croire aujourd'hui que la centrale nucléaire de Fessenheim est née d'une volonté commune de la France et de l'Allemagne, formalisée par le traité de l'Élysée, en 1963.

En prélude, la création de la Communauté européenne de l'énergie atomique (Euratom), parallèlement à celle de la Communauté économique européenne, en 1957, devait promouvoir le nucléaire civil comme champ de recherche, mais également comme futur énergétique pour les six pays signataires, rappelle Yves Bouvier, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Paris-Sorbonne.

« Pour la France, l'Euratom était vraiment important. Mais rapidement, en partie en raison du changement politique en France en 1958, ce traité a été vidé de sa substance et les coopérations n'ont vu le jour que de façon parcimonieuse », ajoute ce spécialiste de l'histoire du nucléaire.

En 1963, le renforcement de la coopération franco-allemande dans le domaine de l'énergie est à nouveau au menu du traité de l'Élysée. « Et parmi les premières actions, il y a le projet de construire une centrale nucléaire commune, dans la zone frontalière », souligne Yves Bouvier. Ce sera Fessenheim, avec des premiers projets dès 1965. Au final, la Suisse sera également partie prenante. Une autre concrétisation du traité de l'Élysée dans la région sera la construction en commun des deux centrales hydroélectriques au nord de Strasbourg : Gambsheim et Iffezheim.

55 ans plus tard, lorsque Paris et Berlin ont commencé à négocier le successeur du traité de l'Élysée - appelé d'abord « traité de l'Élysée 2.0 », puis « traité d'Aix-la-Chapelle » -, le gouvernement français y a vu l'opportunité d'inscrire très officiellement la dimension transfrontalière de la reconversion de Fessenheim et de ses environs.
Du photovoltaïque

Le texte du traité ne mentionne pas explicitement l'Alsace, mais il comporte bel et bien des dispositions propres à faciliter le « projet de territoire » négocié l'an dernier par l'ex-secrétaire d'État à la Transition écologique Sébastien Lecornu et les différents acteurs locaux. Un projet qui pourrait figurer en annexe du traité aujourd'hui, avant d'être signé le mois prochain à l'occasion d'une visite ministérielle dans le Haut-Rhin.

L'article 16, qui prône l'amélioration de « l'interconnexion des réseaux numériques et physiques entre eux, notamment les liaisons ferroviaires et routières », ne peut que favoriser le rétablissement de la ligne ferroviaire entre Colmar et Fribourg-en-Brisgau, ainsi que l'interconnexion des autoroutes A35 et A5, situées de part et d'autre du Rhin.

L'accent mis sur la transition énergétique et l'innovation technologique fait écho aux axes du développement « post-nucléaire » du territoire, qui prévoit notamment l'installation de 300 MW de photovoltaïque dans le Haut-Rhin. Un « techno-centre » dédié au démantèlement des centrales françaises et allemandes a également été évoqué.

Alors que les voisins du Bade-Wurtemberg ont été associés depuis le début à ce « projet de territoire » et sont vus comme des partenaires essentiels pour sa réalisation, le traité entend enfin « faciliter l'élimination des obstacles dans les territoires frontaliers afin de mettre en oeuvre des projets transfrontaliers ». Cela permettra peut-être de créer la « zone franche », ouverte aux entreprises allemandes, dont rêvent certains élus alsaciens...
Olivier BRÉGEARD