Wittelsheim Stocamine : L'État confine les déchets

Publié dans le panorama le Mardi 22 janvier 2019 à 05:35:31

© Dna, Mardi le 22 Janvier 2019
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Wittelsheim Stocamine
Wittelsheim Stocamine : L'État confine les déchets
Le ministre de la Transition écologique a surpris tout le monde, hier, en annonçant sa décision sur le devenir de Stocamine. Au grand dam des élus et des associations environnementales, les 42 000 tonnes de déchets encore enfouies à Wittelsheim ne seront pas déstockées.

 
Le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, a refusé la présence de la presse lors du comité de suivi de site Stocamine.
Le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, a annoncé hier, à la surprise générale, sa décision quant au devenir des quelque 42 000 tonnes de déchets enfouies à Wittelsheim. Ces déchets seront confinés en fond de mine par les MDPA qui sont, de facto, autorisés à poursuivre les opérations d'enfouissement définitif.

Alors que la Commission de suivi de site était convoquée à 14 h 30 à Wittelsheim, l'information a eu l'effet d'une bombe. Ni l'exploitant MDPA, ni les autres membres de la CSS, notamment le collectif Destocamine, n'étaient au courant de la décision du ministre, ni même du contenu du rapport du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) devant être présenté l'après-midi par le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet.

À l'heure dite, le représentant de l'État a donc dévoilé les conclusions des experts miniers. À huis clos ! Le représentant de l'État a argué de « la nécessaire sérénité des débats » pour exclure la presse de cette réunion. Une grande première dans ce dossier Stocamine qui témoigne d'une étonnante conception de la démocratie que n'ont pas manqué de relever les élus comme les membres de Destocamine à l'heure où l'État organise un « grand débat public ».

Si les désaccords entre l'exploitant MDPA, pour qui l'enfouissement est la seule option raisonnable, et les représentants des associations réunis dans le collectif Destocamine réclamant un déstockage total sont forts, les débats se sont toujours tenus, par le passé, dans le calme.

Ce fut encore le cas hier, même si Déstocamine a quitté la réunion avant la fin, refusant de voter un rapport du BRGM qui confirme bien d'autres expertises s'agissant de Stocamine : il est possible de déstocker mais cette solution n'est pas sans risque, ni sur l'environnement, ni sur les personnels qui seraient amenés à réaliser cette opération.
La balance de l'ensemble des risques

« Le confinement présente moins de risques que le déstockage et assurera la protection de la nappe phréatique », expliquait le préfet à l'issue de la réunion. Et Laurent Touvet d'assurer qu'il « ne s'agit pas d'un choix financier mais d'un ensemble d'éléments ». « La balance de l'ensemble des risques penche pour le confinement. Par contre, pour une meilleure surveillance, les puits seront rebouchés plus tard », a précisé le préfet.

Tandis que Céline Schumpp, en charge de la liquidation de Stocamine, prenait « acte des instructions de l'État actionnaire », l'annonce du ministre a douché les espoirs de ceux qui croyaient en la faisabilité du déstockage. Les élus, notamment les trois députés alsaciens, le Bas-Rhinois Vincent Thibaut (LREM) et les Haut-Rhinois Bruno Fuchs (LREM) et Raphaël Schellenberger (LR) ont été surpris par la décision du ministre qu'ils n'attendaient pas. « C'est un choix financier, pris sans aucune concertation, qui ne tient nullement compte des préconisations de notre rapport », regrettait Raphaël Schellenberger, présent hier à la réunion du CSS.

« La méthode nous paraît très cavalière. Quelles que soient les motivations, fallait-il se précipiter ainsi ? C'est un dossier très compliqué mais honnêtement, je pensais qu'on allait nous annoncer un déstockage complémentaire jusqu'à la fin de la concession en 2027 », confiait pour sa part le maire de Wittelsheim Yves Goepfert. Lequel a été invité à participer, jeudi soir, salle Grassegert à Wittelsheim, à la réunion organisée par le collectif Destocamine dont les représentants, hier, évoquaient un recours judiciaire. « Nous notons que le déstockage est réalisable. Nous nous battrons pour contraindre l'État à le mettre en oeuvre », confiaient Josiane Kieffer et Jean-Marie Dubel.
Laurent Bodin