POLITIque Conseil régional Grand Est : Du temps en politique

Publié dans le panorama le Mardi 22 janvier 2019 à 05:34:10

© Dna, Mardi le 22 Janvier 2019
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POLITIque Conseil régional Grand Est
POLITIque Conseil régional Grand Est : Du temps en politique
Entamé hier à Metz, le débat sur le budget 2019 du Grand Est révèle une fracture politique entre la majorité et ses oppositions. D'un montant de 3,2 milliards, il affiche quatre priorités dont les transports et les mobilités qui mobilisent 884 millions.

 
Le groupe Alsace et Territoires a fait son baptême du feu hier à la région Grand Est à Metz.
Un budget, c'est une affaire de gros sous, c'est surtout une question politique. Les débats entamés hier à Metz sur le budget 2019 du Grand Est l'ont clairement rappelé. Au-delà des chiffres, ils illustrent une ligne de fracture entre la majorité de droite et du centre d'une part, et l'opposition progressiste et de gauche d'autre part.

Pour Jean Rottner, le budget régional de 3,2 milliards d'euros incarne « une anticipation de l'avenir » et « un accompagnement du quotidien ». S'il « sent l'influence » du mouvement social des gilets jaunes, il se refuse à y répondre par la seule urgence. Il préfère placer l'action régionale dans « le temps long » en considérant que l'aménagement du territoire, les mobilités ou l'accompagnement des femmes seules vers l'emploi participent au pouvoir d'achat.

« Notre région existe, plus que cette région n'a jamais existé dans l'ancienne organisation institutionnelle », explique Jean Rottner en estimant « faire plus que le job ». D'où les quatre priorités mises en avant : le développement et la valorisation des potentiels (1,135 milliard), les transports et les mobilités (884 millions), l'attractivité (580 millions), la cohésion des territoires et la proximité (205 millions).

Pour le Rassemblement national (ex-FN), la majorité régionale est « dans le passé ». « Vos choix sont déconnectés de la réalité et du ras-le-bol fiscal », estime Virginie Joron. Pour le même parti, Christian Zimmermann pointe « le gaspillage de l'argent public » et la hausse de la taxe sur les cartes grises pour les automobilistes alsaciens et champenois.

La socialiste Pernelle Richardot demande à l'exécutif de « passer des pétitions de principes aux actes » en l'invitant à prendre toute une série de mesures sociales et à lancer des assises « pour co-construire des propositions adaptées à la réalité des territoires et aux aspirations des citoyens ». Son camarade Jacques Meyer vise l'accroissement de la dette de 40 millions « qui aurait pu servir à infléchir les politiques dans un sens plus social et humain ».
« Je crois davantage à la valeur travail qu'aux cadeaux »

Christophe Choserot souhaite lui aussi que la région « déconcentre ses politiques ». L'élu progressiste s'étonne aussi : « Nous avons tous les dispositifs pour réussir mais nous avons le sentiment d'une collectivité du temps long ». Sa collègue Rachel Thomas déplore l'absence de « politiques publiques de proximité » et de « contractualisation ».

En entendre les Patriotes, la majorité « échoue » dans tous les compartiments du jeu. « Le bateau Grand Est prend l'eau », assène David Masson-Weyl. Justin Vogel s'inquiète de la hausse de l'endettement. « Certains clignotants se mettent à l'orange », observe le président du groupe Alsace et Territoires.

« Budget dynamique », « puissance d'action au service de la proximité », réplique Jean-François Guillaume. « La taille et l'unité du Grand Est nous ont permis de mener des politiques sans précédent », assure l'élu de la majorité. Sa collègue Catherine Zuber enfonce le clou : la région est un « laboratoire de la démocratie territoriale ».

L'ensemble du débat s'est cristallisé autour de l'harmonisation de la taxe sur les certificats d'immatriculation que les socialistes et les progressistes souhaitaient voir reporter, et sur la gratuité des transports scolaires pour tous les élèves.

« Nous faisons un exercice politique qui ne doit pas faire abstraction d'un choix financier », répond Jean Rottner qui assume « les vraies divergences de vue » avec ses contradicteurs. Le président redit son attachement au fait que « les uns et les autres aient les moyens de payer » et que payer l'impôt est « un signe d'appartenance à une société ». « Je crois davantage à la valeur travail qu'aux cadeaux », résume-t-il. Dans les bancs socialistes, on retrouve le Jean Rottner « de droite ».
Franck BUCHY