France/ALLEMAGNE Diplomatie : Petit traité, petite polémique

Publié dans le panorama le Mardi 22 janvier 2019 à 05:22:32

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France/ALLEMAGNE Diplomatie
France/ALLEMAGNE Diplomatie : Petit traité, petite polémique
Cinquante-six ans après le Traité de l'Élysée, les deux pays signent un nouveau traité. Sans grande ambition, à l'image de leur relation actuelle, mais qui déclenche l'hystérie de l'extrême droite.

 
Angela Merkel et le president Frank-Walter Steinmeier.
À quatre mois des élections européennes, la signature ce mardi d'un nouveau traité franco-allemand pourrait donner le ton de la campagne à venir : plus hystérique que roborative.
« Livrer l'Alsaceet la Lorraine »

Ce traité avait été annoncé par le président français en septembre 2017. Il sera signé avec une année de retard, plus riche d'intentions que de projets concrets. À l'image de la coopération franco-allemande, grande promesse qui s'est usée sur les difficultés intérieures de la chancelière.

« Les progrès récents sont laborieux, reconnaît le commissaire européen Pierre Moscovici. Mais ils ne doivent pas être négligés ». Un traité « de convergence », se défend l'Élysée, après le traité de réconciliation signé en 1963 entre le général de Gaulle et Konrad Adenauer.

L'extrême droite a cependant trouvé matière à polémique. Bernard Monot, eurodéputé passé de Marine Le Pen à Nicolas Dupont-Aignan, a dénoncé une « nouvelle trahison de la nation », le « Judas » Emmanuel Macron visant à « livrer l'Alsace et la Lorraine à une puissance étrangère ». Marine Le Pen a renchéri sur « la perte de souveraineté de notre pays ».
La défense et l'Onu

Marine Le Pen a raison sur un point, le traité prévoit que des ministres allemands viennent siéger tous les trois mois au conseil des ministres français... et réciproquement. C'est le symbole le plus voyant d'une volonté de coopération étroite sur tous les sujets.

L'ambition s'affirme dans le domaine économique : harmonisation des lois, création d'un « conseil franco-allemand d'experts économiques » pour rapprocher les deux cultures... Mais le chemin est long jusqu'à l'objectif fixé à la Sorbonne : « intégrer totalement nos marchés en appliquant les mêmes règles à nos entreprises ».

Dans le domaine de la défense, « sujet sensible en Allemagne », « on n'est jamais allé aussi loin », insiste l'Élysée. C'est vrai, mais l'engagement d'assistance mutuelle en cas d'agression étrangère ou terroriste existe déjà, et la volonté de fabriquer des armes en commun bute toujours sur les freins allemands à l'exportation. La France s'engage à aider l'Allemagne à décrocher un siège de membre permanent au conseil de sécurité de l'Onu, mais il n'est plus question de faire du siège français un siège franco-allemand.
Dérogations à la frontière

C'est peut-être sur la coopération entre les régions frontalières que le traité est le plus prometteur. Il crée un « comité de coopération transfrontalière » afin de régler les problèmes (50 000 Français partent chaque jour travailler en Allemagne, rappelle l'Élysée) et développer les projets. Il envisage surtout des « dérogations » aux lois nationales sur certains projets - sous réserve que les États adaptent ensuite leurs lois.

À noter qu'Emmanuel Macron avait également envisagé à la Sorbonne un traité du même type avec l'Italie. Interrogé sur l'état du projet, l'Élysée donne rendez-vous au prochain sommet bilatéral, qu'il revient à l'Italie de convoquer. Mais cela pourrait tarder, vu l'état des relations entre les deux pays...
F.B.